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réapprendre à vivre avec les lombrics |
en ce temps-là leur sommeil avait l’épaisseur d’un fil que rompait aisément le hululement lointain d’une chouette ou le chant d’un crapaud, mais que déchiquetait, sans espoir alors qu’ils le renouent, quelque pensée dont ils n’avaient pas imaginé que, la nuit venue, elle briserait la coquille lisse et close où ils l’avaient contenue la veille, libérant un monstre épineux, tournoyant, incontrôlable, qu’ils tenteraient en vain d’apaiser, de faire taire, d’écraser, et qui les laisserait épuisés de lutte et vidés de désir, hagards au petit matin d’une fin du monde |
Archives des catégories : Poésie
20 juillet
dans le clapotis confus des choses mortes le poème entrebâille
un peu plus largement le présent du silence aussi
je vous salue mes pivoines fanées peau de mes pêches squelette de mes
sardines et je vous rends un hommage ultime
en traçant de toute ma possible précision le geste par lequel
je vous balance à la poubelle
19 juillet
alors
(en ce temps-là d’avant les collisions)
que jamais la vitesse
n’était assez
ne restait d’échappée
que lentheur
16 juillet
| (dans la salle d’inquiétude du cabinet
d’imaginerie médicale) voir d’un coup de néons dans l’œil la fragilité des corps et l’embrasser embrasser la promesse de catastrophe — que serrer de plus sûr contre soi — l’embrasser jusqu’au large aux eaux profondes où rien ne modère l’abandon — que faire souffle retenu de plus juste de ses lèvres de ses bras |
notre grandeur aux deux boutsl’un désirer quoi qu’il en coûtela vérité l’autre ne pas vouloirsavoir |
14 juillet
préférer plus que de déraison
l’absence à la présence aimer
l’occasion manquée se
délecter de louper le petit dieu
ailé de l’opportunité désirer
la beauté pointue de la
déception vivre à côté
12 juillet
battait la joie des ailes à fleur de peau
égale à la limite exactement
entre l’autre et moi
(que tu toi nommes)
où là se parfois glisse
incertaine possible
une image de soi
10 juillet
étendu sur le divan tandis
que je pelais des échalotes
qui me faisaient pleurer la vie
où j’étais une femme africaine
des guêpes me fouillaient de la
tête la peau jusqu’à l’hypoderme
cherchant pitance de secret
sève de souvenirs perdus
et tant amère que soigneuse
ment presque à
jamais ensevelie
9 juillet
le kesa orange qui trempait dans une bassine de métal remplie d’eau de pluie diaprée de traînées savonneuses et où flottaient de brèves feuilles mortes et quelques insectes noyés prenait alors tout le soleil dont j’étais encore capable et, comme un œil, m’invitait à plonger, à rejoindre les deux guêpes et le papillon détrempés, et mon enfant dont j’avais assisté, dans une torpeur impuissante et panique, un peu plus tôt dans la nuit, à la noyade, mon enfant, lequel, lequel de mes mille vies comme des morceaux dispersés dans quelque catastrophe, collision trop lointaine pour souvenir, mais dont chacun gardait trace, ou peut-être seulement désir, ou supposition, d’une vie symphonique, puissante et amoureuse, avant
7 juillet
| à toi l’inconnu qui ce matin t’enquis auprès de moi de la direction de la porte de la Chapelle et à qui j’indiquai ton chemin et précisai qu’à pied, comme tu marchais d’un bon pas, tu en avais pour une demi-heure, et qui alors me rétorquas : d’un bon pas ? c’est quoi ça ? c’est limite raciste | ||
| s’enrouler sur soi-même avec les ans nymphose
regarder du même intérieur la vie renversée la vie offerte également rire et pleurer de la foule en soi des vivants les plus orgueilleux les plus humbles même aux connards dans la métamorphose de la vie incertaine en poème laisser du temps |
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