23 juillet

 

réapprendre à vivre

avec les

lombrics

en ce temps-là leur sommeil avait l’épaisseur d’un fil que rompait aisément le hululement lointain d’une chouette ou le chant d’un crapaud, mais que déchiquetait, sans espoir alors qu’ils le renouent, quelque pensée dont ils n’avaient pas imaginé que, la nuit venue, elle briserait la coquille lisse et close où ils l’avaient contenue la veille, libérant un monstre épineux, tournoyant, incontrôlable, qu’ils tenteraient en vain d’apaiser, de faire taire, d’écraser, et qui les laisserait épuisés de lutte et vidés de désir, hagards au petit matin d’une fin du monde

20 juillet

dans le clapotis confus des choses mortes le poème entrebâille

un peu plus largement le présent du silence aussi

je vous salue mes pivoines fanées peau de mes pêches squelette de mes

sardines et je vous rends un hommage ultime

en traçant de toute ma possible précision le geste par lequel

je vous balance à la poubelle

16 juillet

(dans la salle d’inquiétude du cabinet

d’imaginerie médicale)

voir d’un coup de néons dans l’œil

la fragilité des corps et l’embrasser

embrasser la promesse de catastrophe

—   que serrer de plus sûr contre soi —

l’embrasser jusqu’au large aux eaux

profondes où rien ne modère

l’abandon — que faire souffle retenu

de plus juste de ses lèvres de ses bras

notre grandeur aux deux bouts
l’un désirer quoi qu’il en coûte
la vérité l’autre ne pas vouloir
savoir

9 juillet

le kesa orange qui trempait dans une bassine de métal remplie d’eau de pluie diaprée de traînées savonneuses et où flottaient de brèves feuilles mortes et quelques insectes noyés prenait alors tout le soleil dont j’étais encore capable et, comme un œil, m’invitait à plonger, à rejoindre les deux guêpes et le papillon détrempés, et mon enfant dont j’avais assisté, dans une torpeur impuissante et panique, un peu plus tôt dans la nuit, à la noyade, mon enfant, lequel, lequel de mes mille vies comme des morceaux dispersés dans quelque catastrophe, collision trop lointaine pour souvenir, mais dont chacun gardait trace, ou peut-être seulement désir, ou supposition, d’une vie symphonique, puissante et amoureuse, avant

7 juillet

à toi l’inconnu qui ce matin t’enquis auprès de moi de la direction de la porte de la Chapelle et à qui j’indiquai ton chemin et précisai qu’à pied, comme tu marchais d’un bon pas, tu en avais pour une demi-heure, et qui alors me rétorquas : d’un bon pas ? c’est quoi ça ? c’est limite raciste
s’enrouler sur soi-même avec les ans nymphose

regarder du même intérieur la vie renversée la vie

offerte également rire et pleurer de la foule

en soi des vivants les plus orgueilleux les plus

humbles même aux connards dans la métamorphose de la vie

incertaine en poème laisser du temps

5 juillet

ta douleur tu la nommas d’abord clou magnifique
il te ficherait en croix sous le regard sans solution des temps
puis cheval animal écarlate
il t’emporterait aux altitudes verdoyantes de la joie
puis source enfin révélée du Nil de tous les chants
elle t’apprendrait le cantique des carpes
mais elle n’était rien de cela
seulement ta douleur
un empêchement
à ramasser ta cuiller
tombée à terre