12 août

ma tête à la surface de la mer

un goéland passe

à la vitesse d’une pensée

après le hareng qui lui habillait la bouche de ce mélange puissant de sel, de bois de hêtre et de boyaux, de boyaux s’écria-t-elle, oui, on les fume sans les éviscérer dit-il avant de se rincer d’une gorgée de bière qui ne substituait pas son amertume au goût du poisson mais le diluait un peu, après le hareng, donc, dont il faisait sa collation de fin de matinée, il mangeait l’un après l’autre deux caramels qui tapissaient cette fois son palais de sucre et de beurre, le préparant au sobre velours du café

3 août

et alors que je marchais dans l’appartement pour bercer la douleur qui vient me prendre au lit, la nuit, comme un succube, je vis par la fenêtre passer sur le boulevard un toxicomane désarticulé et titubant à une vitesse tragiquement victorieuse à chaque pas de la chute : il était à la ville, me dis-je, immense et le noir luisant ici et là des coulures jaunes d’un réverbère, comme une souris naine à un chat géant, l’objet d’un jeu cruel et éphémère qui finirait dans un brisement — n’était-il pas temps que je retourne tenter de dormir ?