24 décembre

ai surpris un voleur à enfourcher ma bicyclette et l’ai

de justesse in extrémisse rattrapé

lui ai laissé le choix de me la rendre de bon gré ou de se faire casser

la gueule

a bien saisi la différence et au final le point commun

s’en est allé rafistolant son intérieur et l’air à l’extérieur

de rien

et moi

sur mon vélo

pensant que cinquante ans plus tôt j’aurais livré à qui voulait tout ça pour vrai

tandis que là

j’y mène en joie la faux

poétique

 

22 novembre

je donne de l’eau nouvelle aux renoncules dont les feuilles ont jauni mais dont les fleurs se sont épanouies dans des teintes vieux rose qui adoucissent le vert sombre du branchage squelettique auquel elles sont mêlées

j’arrose le grand clivia qui poussait deux fois par an avant que la cochenille ne l’attaque de grandes fleurs orange miraculeuses, puis le géranium exubérant sur le garde-corps de la fenêtre et je m’arrête

à observer sur les ramblas des employés municipaux souffler en tas les feuilles mortes qu’avale un peu plus tard un énorme aspirateur dans une plainte blanche et continue de machine

c’est dimanche et c’est l’automne aussi de la démocratie

de l’espérance en l’avenir

peut-être faut-il réapprendre à résister et à mourir

19 novembre

dans le soleil

s’épanouissent les renoncules

et leur feuillage jaunit

sur la table un peu plus bas

le mystère des poires

mûrit

la trotteuse de l’horloge rouge

va de son pas boiteux

sur le parquet de l’automne

vers l’hiver

 

 

 

 

 

 

            et les arbres leur ombre dansante

            portée par le soleil

            sur les murs et le plancher

            ourdissent feuille à feuille

            leur projet

            de nudité

17 septembre

ce qu’écrivent les arbres la plupart de ceux

qui se nomment humains non solum

n’y entendent rien

sed etiam ne croient pas même

que scribunt arbores

ils ne voient pas non plus

les chiens roux qui s’y élancent dans

un bruissement de pelages ni les enfants

qui font rouler là des taureaux

chevauchés par des dieux androgynes

entre les bêtes qui se rient

du propre de l’homme

ils ne soupçonnent pas

la Cabbale des racines

ni les psaumes de la canopée

ils ne voient que les barreaux

de la raison

entre lesquels seuls quelques-uns

passent la tête

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dans la lumière t’en

visager

puis te faire

entre les pages de mon livre

sécher

13 septembre

ce matin les réverbères s’étaient à peine éteints le ciel

à l’horizon se colorait d’orange et plus haut

la lune y faisait une rognure

d’ongle manucuré

que cachait par intermittence

au marcheur moi

le feuillage des platanes

il faisait frais les ombres

de quelques rares passants

recevaient le jour comme un cadeau

qu’on déballe avec toutes les lenteurs

qu’on peut et je cherchais

sous quel angle regarder le monde moi

qui n’en voyais depuis des mois

que la catastrophe je cherchais

de la canne blanche de mes mots

le chemin de mon levant

et la main de l’enfant

dans la mienne une boulangerie

ouverte aussi