12 août

ma tête à la surface de la mer

un goéland passe

à la vitesse d’une pensée

après le hareng qui lui habillait la bouche de ce mélange puissant de sel, de bois de hêtre et de boyaux, de boyaux s’écria-t-elle, oui, on les fume sans les éviscérer dit-il avant de se rincer d’une gorgée de bière qui ne substituait pas son amertume au goût du poisson mais le diluait un peu, après le hareng, donc, dont il faisait sa collation de fin de matinée, il mangeait l’un après l’autre deux caramels qui tapissaient cette fois son palais de sucre et de beurre, le préparant au sobre velours du café

3 août

et alors que je marchais dans l’appartement pour bercer la douleur qui vient me prendre au lit, la nuit, comme un succube, je vis par la fenêtre passer sur le boulevard un toxicomane désarticulé et titubant à une vitesse tragiquement victorieuse à chaque pas de la chute : il était à la ville, me dis-je, immense et le noir luisant ici et là des coulures jaunes d’un réverbère, comme une souris naine à un chat géant, l’objet d’un jeu cruel et éphémère qui finirait dans un brisement — n’était-il pas temps que je retourne tenter de dormir ?

31 juillet

d’où leur venait

déposée comme une brassée

de fleurs fanées

cette tristesse cet abandon

et d’où la folle ivraie

de la division

 

en vers mettre les oiseaux

noirs les étranglements

sourds des tambours

de catastrophe et les

comptes aux canines

cruelles les tenir les re

tenir les accélé

rire que le grand

grincement soit en

rythme au moins

23 juillet

 

réapprendre à vivre

avec les

lombrics

en ce temps-là leur sommeil avait l’épaisseur d’un fil que rompait aisément le hululement lointain d’une chouette ou le chant d’un crapaud, mais que déchiquetait, sans espoir alors qu’ils le renouent, quelque pensée dont ils n’avaient pas imaginé que, la nuit venue, elle briserait la coquille lisse et close où ils l’avaient contenue la veille, libérant un monstre épineux, tournoyant, incontrôlable, qu’ils tenteraient en vain d’apaiser, de faire taire, d’écraser, et qui les laisserait épuisés de lutte et vidés de désir, hagards au petit matin d’une fin du monde