15 novembre

mon imperméable

suspendu par la capuche à la poignée de la fenêtre

dégouttait sur le parquet de cette pluie glacée

un peu collante comme de la neige fondue

qui tombait sans discontinuer depuis l’autre nuit et moi

humide encore aussi

à demi étendu dans la longueur du canapé gris

je cherchais le silence et la solitude

je veux dire ce silence intérieur sans rapport nécessaire avec le calme ou l’agitation du dehors

et cette solitude qui va bien au-delà du simple fait d’être seul

comme je l’étais alors dans l’appartement

et qui peut d’ailleurs s’atteindre en compagnie

et qu’on ne s’y trompe pas

je ne parle pas là du sentiment de solitude

plus ou moins plaisant et désiré

mais d’un état

d’une sorte de sommet

d’un lieu pointu où l’on sait qu’il n’y a de place que pour soi et qu’on y est

au moins momentanément

pleinement à sa place

je les cherchais

donc

le silence et la solitude d’où parfois émergent une hésitation pressante de rythme

une courbe creuse de musique

une envie presque précise de phrase

qui

accueillies dans cette solitude et ce silence

s’offrent au travail

à l’effort

à la poussée

et donnent quelque chose qu’on ne sait encore nommer

un vers

une ligne

une page

qui aurait pu ne pas être

ne peut plus n’avoir pas été

et toujours peut disparaître

11 novembre

 

 

LA POÉSIE DIVINE DITE

CEPENDANT NOUS DEMEURA

COMME UN CARRÉ DE GAZON

 

cette mémoire était moribonde on la maintenait en vie sur son grabat de cérémonie on célébrait un vieil armistice (et beaucoup ne savaient plus qu’on commémorait la fermeture temporaire de l’hyperabattoir le congé du grand équarrisseur qui avait mis des millions d’hommes en morceaux arraché des bras crevé des ventres déchiré des visages comme des poissons) du mensonge on hissait les couleurs bien haut le discours défilait au pas qu’on n’était plus en guerre qu’on ne mettait plus à sac les vivants qu’il n’y avait pas l’urgence d’une autre trêve mais heureusement trois fois heureusement le désespoir chevauchait l’espérance et lui piquait de ses éperons les flancs palpitants

10 novembre

 

 

NOUVELLE

BRISE

MARINE

par les déchirures de la conscience surgirent des personnages qu’on avait pris jusqu’alors pour un décor et aux pieds desquels on avait même pissé comme s’il se fût agi d’arbres ou d’océans

qui parurent dans toute la fureur des longs oublis somptueux nombreux et vénéneux comme des méduses

partout la peau de la pensée qui aurait pu les contenir crevait et bientôt l’on eut la bouche pleine de la certitude

de celles qu’on ne saurait pas plus qu’une poignée de sable mâcher ni avaler qu’il était trop tard

qu’on laissait un héritage ingouvernable comme un peuple poissonneux de ressentiments et de colères

on pencha on dit s’échapper fuir mais on ne le pouvait pas davantage que d’une robe  d’hameçons

Souvenir du 28 octobre

dominent la plage où marchent des familles entre la joie et la corvée de vivre de grandes maisons haletantes de souvenirs incertains et de lectures de poètes que la mort a délivrés de l’affolement que leur échappent les mots

emportés par le vent les pleurs des goélands comme des tessons de prières

et plus loin

si rassurante dans son recommencement

à ne rien dire

la mer