18 janvier

à Malou

 

te fîmes naître au temps des glaces défaites

des grands feux

des gouvernants sans gouvernail

des mers de larmes de plastiques de noyés

où la dent vorace de l’homme mordait

même au ciel

naître au craquement des peuples

dans le silence aux deux bouts

de l’espérance

déposâmes ta vie joyeux et pleins

de souffles suspendus

sur le versant que craignions

parmi les humains augmentés

d’inhumanité

les bougies des bêtes éteintes

et les arbres pliant

écorce et branchages

te fîmes naître entre sauve

qui peut repliement

résistance allant

dans la paille odorante et dorée de l’allégresse

inquiète de l’amour

14 janvier

salut Paris

les platanes de la République effeuillée

les foules des colères souterraines

les impatients dans leur exosquelette de plastique et de verre Securit

les trottinettes montées par d’indomptables individualistes

salut les feux au rouge les sens interdits

salut Paris

la suspension de l’incrédulité devant les policiers armés comme une armée

salut la vallée de l’étrange

la Seine des poètes engloutis

le pouvoir au bout du  bout de la laisse de ses chiens

les yeux avides les bras longs

salut la cancéreuse et l’incertaine à séparer le faux du vrai

salut Paris

un soir d’avril ce qui fléchait ton ciel a pris feu

mais les ponts relient toujours les rives de mémoire et d’oubli

et sur le parvis blond de l’opéra dansent les ballerines en grève

et de Bastille à la Nation la mer

est poissonneuses d’espérances

politiques amoureuses