| aller | et la nuit tandis qu’au rythme brutal de la musique on jette la lune par la fenêtre et qu’elle fait en touchant le ciel un bruit de verre brisé tu retrouves ta jeunesse celle du temps où la mort n’avait pas fait dans ta pensée ce large frayage et tu danses léger comme un oiseau dans le feuillage du regard de ton aimée mais voici que le jour arrose les platanes horizontalement de son or pâle mêlé de bleu et qu’à tes bras en croix pendent les fruits des ans seul tu ne peux les cueillir |
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Archives des catégories : Poésie
11 septembre
sortir du ventre de la nuit plié
en bandelettes la pensée
à la fenêtre vérifier
que le feuillage des platanes de toujours est là
qui tripote la lumière des réverbères et que les voitures
font en passant ce chuintement de caoutchouc
qui rappelle le roulement
des vagues et que dans ce qu’il reste de silence
l’horloge enfonce les secondes oui
les secondes non
et que donc je demeure au monde
ordinaire
2 septembre
| désormais vivre veut
en chacun dire un réfugié au moins |
au pied des murs qu’on dit infranchissables ou mieux, nécessaires, le découragement enrage la colère |
1er septembre
| sur le boulevard les pages des marronniers roussissent les premières et de leur fouillis sans éclat tombent les fruits dont la bogue se fend dans le choc avec le sol, libérant pour quelques instants car vite il ternit l’œil brillant que porte sur le monde le marron nouveau, puis flambe le grand ouvrage frémissant des platanes, du moins ce qu’en ont laissé les touffeurs et les grêles de l’été qui ont précocement jonché les trottoirs de feuilles vivantes |
les mots liaient les jours les tissaient même si bien qu’on s’en enveloppait avec volupté |
28 août
il vint un temps où les poètes se multiplièrent à la vitesse qu’on ne connaissait jusqu’alors qu’aux bêtes nuisibles et où leur activité crut au point que même les moins prolixes d’entre eux peinaient à lire les vers qu’ils écrivaient, tandis que d’autres espèces animales s’épuisaient, un temps où même à ceux qui le possédaient, le sol s’apprêtait à manquer, un temps où le grand organisme de la surface terrestre qu’on avait jusqu’à présent regardé comme le décor docile des actions humaines les plus déréglées, se montra à son tour capable de dérèglement, un temps où ce qu’il fallait penser et faire débordait de partout ce que l’homme était capable de faire et de penser, un temps d’horizons cousus et d’avenirs minuscules, et l’on vit alors à la tête de nations catastrophiquement influentes des hommes que les plus vastes bestiaires des fabulistes et les crayons les plus acérés des caricaturistes étaient impuissants à figurer tant leur vanité, leur aveuglement aux besoins collectifs, leur addiction aux privilèges du pouvoir et la corruption de leur conscience excédaient les moyens connus de représentation, au point même qu’on ne voyait comment les peindre autrement que morts
26 août
et soudain je vis la plage comme la grande page d’une partition dont le soleil et le vent soufflaient les portées de notes colorées et mobiles, et que je traversai comme un silence vers la mer où tout s’efface et qui, je ne savais — ni ce qui adviendrait ni ce que je désirais — me porterait ou m’avalerait et là,
dans l’eau qui me soutint finalement parce que je la barattai à bras, à jambes et même à paupières, je continuai le poème commencé au lever du jour, dans la généreuse marmelade d’orange du soleil, où je chantais l’emmêlement de ma tristesse et de mon allégresse, des herbes folles de ma jeunesse et de la tour penchée de mon âge et là,
je saluai comme un frère passant et inconnu un goéland, puis un autre, qui se jouaient du peu de ciel dansant sur l’eau et pleuraient la grande famille de mes animaux perdue, défaite, décimée, je nageai soudain dans nos larmes, comme le sexe minuscule d’un dieu désolé, et là,
je fus au monde ainsi que je sais l’être parfois, bref et nu
12 août
| ma tête à la surface de la mer
un goéland passe à la vitesse d’une pensée |
après le hareng qui lui habillait la bouche de ce mélange puissant de sel, de bois de hêtre et de boyaux, de boyaux s’écria-t-elle, oui, on les fume sans les éviscérer dit-il avant de se rincer d’une gorgée de bière qui ne substituait pas son amertume au goût du poisson mais le diluait un peu, après le hareng, donc, dont il faisait sa collation de fin de matinée, il mangeait l’un après l’autre deux caramels qui tapissaient cette fois son palais de sucre et de beurre, le préparant au sobre velours du café |
3 août
et alors que je marchais dans l’appartement pour bercer la douleur qui vient me prendre au lit, la nuit, comme un succube, je vis par la fenêtre passer sur le boulevard un toxicomane désarticulé et titubant à une vitesse tragiquement victorieuse à chaque pas de la chute : il était à la ville, me dis-je, immense et le noir luisant ici et là des coulures jaunes d’un réverbère, comme une souris naine à un chat géant, l’objet d’un jeu cruel et éphémère qui finirait dans un brisement — n’était-il pas temps que je retourne tenter de dormir ?
1er août
avoir tant lu mais
être en presque toutes
choses un illettré
les bras chargés
courageusement
de sa bêtise le pas
dans la glaise du ciel
léger
31 juillet
| d’où leur venait
déposée comme une brassée de fleurs fanées cette tristesse cet abandon et d’où la folle ivraie de la division
|
en vers mettre les oiseaux noirs les étranglements sourds des tambours de catastrophe et les comptes aux canines cruelles les tenir les re tenir les accélé rire que le grand grincement soit en rythme au moins |
