3 juillet

désirer dire
qu’au cœur de la bibace
une fois du tranchant des ongles tirée la peau
orange et duvetée
et du bout des lèvres ou des dents la chair juteuse
fraîche et acidulée
apparaissent de si gros pépins
qu’on dirait des noyaux
dont la souple écorce d’un brun chaud luisant de suc et de salive
fendue
révèle une chair jaune pâle et acide
mate et dure
(les traités de botanique apprennent qu’elle contient
de l’acide cyanhydrique
si toxique
qu’à faible dose déjà
mortel)
mais jeter l’éponge

30 juin

les injures que se font ordinairement les humains les uns aux autres n’avaient pas empiré, peut-être même mourait-on moins sous les coups que jadis, mais on n’avait plus de sol, et ceux qui quittaient ce qui avait été leur terre n’étaient que de peu en avance sur ceux qui s’efforçaient de croire qu’ils vivaient encore sur la leur

et de n’avoir plus de sol rendait chacun, pour peu qu’il n’eût pas endormi sa pensée croyant la sauver du tranchant de la conscience, plus proche de son extrême fragilité, de sa fissure fondamentale, de sa condition oubliée de nomade et d’errant

et de n’avoir plus de sol s’offrait, peut-être, comme un lien nouveau entre les humains, un prochain horizon de partage, un rien commun

29 juin

accablés d’occupations quotidiennes qu’ils n’avaient pour la plupart pas choisies et dont la nécessité parfois leur semblait douteuse ou dont il leur arrivait même de penser fugitivement qu’elles les soumettaient comme on dit d’une armée d’occupation, sans que pour autant ils prissent le risque de s’en libérer, figés qu’ils étaient dans la graisse de l’habitude et de la résignation, plus rien de joyeux ne leur venait, rien de léger, pas un coquelicot, pas un papillon, pas un merle n’égayait plus ce qu’il leur restait de paysage

du grand poème

fracassé

se couper

aux tessons

27 juin

rien d’autre ici qu’un art

poétique

accru chaque matin dès avant l’aube du

petit peuple désespoir ou joie

selon qui le premier se lève et

se présente à qui dit je rien

qui n’est pas rien qu’un art

de vivre poétique

et de mourir sur le bûcher

de quelques mots liés en fagots

 

stances

résistance

quotidienne

à l’effacement

des vivants

 

dans la cabane
à l’abri à
l’affût
 

 

 

 

 

 

24 juin

dix à vingt mots tramés avec application suffisaient à produire ce soulagement pareil à celui qui naît de l’atténuation d’une douleur, de l’apaisement d’une démangeaison, de la distraction d’un souci ou peut-être plus exactement encore de l’acquiescement à une peine — aussi pourquoi dire davantage puisque le silence, à nouveau, devenait habitable  

la chaleur la basse continue mes rêveries

où bâillent des robes la mélodie


 

10 juin

et dans les verticales invisibles des sentiments
à l’arrêt

avant la coulée

se tient la possibilité de rien

ou du poème

une envolée

parfois suivie d’un coup de feu

ce qui me tient à cœur lorsque je lis, ce n’est pas de comprendre et d’ailleurs, souvent, je me satisfais très bien d’une certaine bêtise, mais d’être à l’écoute des mots que touchent et réveillent en moi ceux que je lis, un peu comme il arrive dans des contes, qu’un personnage par un baiser en ranime un autre, tombé depuis longtemps sous l’effet d’un mauvais sort en léthargie : alors, lire ne compte plus, seul écrire importe

21 juin

De côté

et partout mener grand dire pour
l’invisible entrevoir éclairer
le passé déchaîner le regard
pour le monstre le réfléchir
pour catapenser la strophe
nommer le noir à
l’enfant le bleu verser l’amour le
délester déposer dans le
cercueil le corps aimé détesté
illuminer de l’intérieur
le ventre et rendre
à ceux qui se noient
la mer même
respirable