
3 juillet
désirer dire
qu’au cœur de la bibace
une fois du tranchant des ongles tirée la peau
orange et duvetée
et du bout des lèvres ou des dents la chair juteuse
fraîche et acidulée
apparaissent de si gros pépins
qu’on dirait des noyaux
dont la souple écorce d’un brun chaud luisant de suc et de salive
fendue
révèle une chair jaune pâle et acide
mate et dure
(les traités de botanique apprennent qu’elle contient
de l’acide cyanhydrique
si toxique
qu’à faible dose déjà
mortel)
mais jeter l’éponge
Dans le même bateau

2 juillet
douleur ce futta mère attentionnée c’est aujourd’huita compagne fidèle ou est-ce toiqui ne saispartir |
à la démesurede l’attachementaux catastrophes |
Et ils crurent mourir de joie

1er juillet
courons sur le chemin de la perte du nord
mouchons les bougies des espèces
équarrissons l’espace
vivons
Refonder l’ordre des vivants

30 juin
les injures que se font ordinairement les humains les uns aux autres n’avaient pas empiré, peut-être même mourait-on moins sous les coups que jadis, mais on n’avait plus de sol, et ceux qui quittaient ce qui avait été leur terre n’étaient que de peu en avance sur ceux qui s’efforçaient de croire qu’ils vivaient encore sur la leur
et de n’avoir plus de sol rendait chacun, pour peu qu’il n’eût pas endormi sa pensée croyant la sauver du tranchant de la conscience, plus proche de son extrême fragilité, de sa fissure fondamentale, de sa condition oubliée de nomade et d’errant
et de n’avoir plus de sol s’offrait, peut-être, comme un lien nouveau entre les humains, un prochain horizon de partage, un rien commun
À Blaise Cendrars

29 juin
| accablés d’occupations quotidiennes qu’ils n’avaient pour la plupart pas choisies et dont la nécessité parfois leur semblait douteuse ou dont il leur arrivait même de penser fugitivement qu’elles les soumettaient comme on dit d’une armée d’occupation, sans que pour autant ils prissent le risque de s’en libérer, figés qu’ils étaient dans la graisse de l’habitude et de la résignation, plus rien de joyeux ne leur venait, rien de léger, pas un coquelicot, pas un papillon, pas un merle n’égayait plus ce qu’il leur restait de paysage |
du grand poème fracassé se couper aux tessons |
