
Archives de l’auteur : frederic teillard
15 septembre
| aller | et la nuit tandis qu’au rythme brutal de la musique on jette la lune par la fenêtre et qu’elle fait en touchant le ciel un bruit de verre brisé tu retrouves ta jeunesse celle du temps où la mort n’avait pas fait dans ta pensée ce large frayage et tu danses léger comme un oiseau dans le feuillage du regard de ton aimée mais voici que le jour arrose les platanes horizontalement de son or pâle mêlé de bleu et qu’à tes bras en croix pendent les fruits des ans seul tu ne peux les cueillir |
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Je l’avais, me dit-on, pourtant bien connu

11 septembre
sortir du ventre de la nuit plié
en bandelettes la pensée
à la fenêtre vérifier
que le feuillage des platanes de toujours est là
qui tripote la lumière des réverbères et que les voitures
font en passant ce chuintement de caoutchouc
qui rappelle le roulement
des vagues et que dans ce qu’il reste de silence
l’horloge enfonce les secondes oui
les secondes non
et que donc je demeure au monde
ordinaire
D’une main, l’autre écorcer

2 septembre
| désormais vivre veut
en chacun dire un réfugié au moins |
au pied des murs qu’on dit infranchissables ou mieux, nécessaires, le découragement enrage la colère |
Surprendre la postérité en petite tenue

1er septembre
| sur le boulevard les pages des marronniers roussissent les premières et de leur fouillis sans éclat tombent les fruits dont la bogue se fend dans le choc avec le sol, libérant pour quelques instants car vite il ternit l’œil brillant que porte sur le monde le marron nouveau, puis flambe le grand ouvrage frémissant des platanes, du moins ce qu’en ont laissé les touffeurs et les grêles de l’été qui ont précocement jonché les trottoirs de feuilles vivantes |
les mots liaient les jours les tissaient même si bien qu’on s’en enveloppait avec volupté |
Au cou la corde du paradis

28 août
il vint un temps où les poètes se multiplièrent à la vitesse qu’on ne connaissait jusqu’alors qu’aux bêtes nuisibles et où leur activité crut au point que même les moins prolixes d’entre eux peinaient à lire les vers qu’ils écrivaient, tandis que d’autres espèces animales s’épuisaient, un temps où même à ceux qui le possédaient, le sol s’apprêtait à manquer, un temps où le grand organisme de la surface terrestre qu’on avait jusqu’à présent regardé comme le décor docile des actions humaines les plus déréglées, se montra à son tour capable de dérèglement, un temps où ce qu’il fallait penser et faire débordait de partout ce que l’homme était capable de faire et de penser, un temps d’horizons cousus et d’avenirs minuscules, et l’on vit alors à la tête de nations catastrophiquement influentes des hommes que les plus vastes bestiaires des fabulistes et les crayons les plus acérés des caricaturistes étaient impuissants à figurer tant leur vanité, leur aveuglement aux besoins collectifs, leur addiction aux privilèges du pouvoir et la corruption de leur conscience excédaient les moyens connus de représentation, au point même qu’on ne voyait comment les peindre autrement que morts
