21 mai

À peine avalée ma dernière gorgée de café, je me lève, rince ma tasse des écritures du marc où je ne prends pas le temps d’essayer de lire mon destin de la journée, partie parce que je ne sais pas lire, partie parce que je ne veux rien en savoir, la remplis, cette tasse aux frais motifs fleuris dont je me plais à penser et parfois même à prétendre que je l’ai rapportée de New York où, en effet, j’ai découvert la boutique Anthropologie d’où, quelques années plus tard, j’ai fait venir à grands frais de port cette porcelaine, je la remplis donc au robinet de la cuisine à moitié d’eau et y vide le sachet de poudre vitaminée Ener.C qui, au contact du liquide, pétille vivement et pousse une mousse d’un rose vif à l’odeur de framboise et de cerise comme si, soudain libérée de son inertie et de son enfermement, elle se mettait à vivre une existence bruissante, exubérante, joyeuse et colorée. L’effervescence retombée, j’ingurgite en deux longues gorgées le liquide calme au goût puissamment chimique de salade cardinal qui relègue aux tréfonds de ma mémoire la saveur du café et des tartines beurrées dont je fais, certains matins, mon petit-déjeuner. Porté par le désir de ne pas disparaître à mon tour complètement, je prends alors le temps de ma rencontre avec je ne sais quoi, je veux parler d’écrire.

7 mai

s’effraie parfois des quelques vers qui lui viennent le matin, où se fait l’effet d’un promeneur qui marche en sifflotant vers la faille volcanique où rugit la catastrophe que ne manquera pas de produire la tension économique et sociale si elle est trop élevée pour pouvoir être supportée par un pays, par les plus pauvres de ce pays, plutôt, dont les réserves de confiance et de sérénité semblent bien basses, depuis un moment déjà qu’elles sont mises à l’épreuve de la violence, de l’injustice et du mépris

 

me lève le premier dans les platanes

me lave des traînées de mon sommeil

dans la menthe de leur feuillage

tente ma douleur

d’oublier

et de garder

face au mur du monde l’incertaine

précision de ma joie

25 avril

pour Myriam Suchet

je incertains matins

me lève au bord

du presque vide

et ne je vois

devant moi

que quelques us

tensiles et coutumes

de ménage

j’alors me

tourne

vers le crayonnage

de mon âge

mille mille et un

de mine coups de plomb

qui me ne dessinent

peut-être pas

ou ne me peut

dessinent être pas

7 avril

allier à la profondeur la

négligence au désespoir la

vitalité à la nuit sans fin

la Saint-Jean recoudre

l’adulte à l’enfant l’humain

à l’animal à la clarté

le chaos les ténèbres

et l’abîme au futur

le passé accorder l’être

à la chanterelle du néant

fiancer au masculin le fé

minin l’hésitant même et

multiple désobéir à l’unique

 

 

 

 

 

 

 

 

et j’aimerais avec les yeux

dont les bêtes me voient

me regarder aller

jusqu’à me penser même

et de nudité de silence

au cœur façonné me redire

26 mars

ce qui sans bruit fait défaut

se retire et soudain manque c’est

le silence le silence

du dedans

celui qu’à mes j’entrebâillais lectures

les textes dans les lieux bruyants

pas n’entrent

le silence le giron

des mots premiers

du poème l’ai perdu

 

 

 

 

 

ne voir en moi que le petit

employé de mon écriture qui

chaque matin se rend au magasin

pour effectuer ses livraisons

c’est oublier que me tutoie

presque le vide et que m’embrasse

sans façon l’énormément peu