
Archives de l’auteur : frederic teillard
21 novembre
je ne sais plus de quoi le 21 novembre est
l’anniversaire au seuil
de mon souvenir
heurte la date en vain
je ne peux qu’écouter glisser
le temps
ne m’en demandez pas
please davantage
mais ce matin la langue est
douce et coule
sans laisser de trace
sur mes doigts
Nageuse presque l’eau devenue

15 novembre
mon imperméable
suspendu par la capuche à la poignée de la fenêtre
dégouttait sur le parquet de cette pluie glacée
un peu collante comme de la neige fondue
qui tombait sans discontinuer depuis l’autre nuit et moi
humide encore aussi
à demi étendu dans la longueur du canapé gris
je cherchais le silence et la solitude
je veux dire ce silence intérieur sans rapport nécessaire avec le calme ou l’agitation du dehors
et cette solitude qui va bien au-delà du simple fait d’être seul
comme je l’étais alors dans l’appartement
et qui peut d’ailleurs s’atteindre en compagnie
et qu’on ne s’y trompe pas
je ne parle pas là du sentiment de solitude
plus ou moins plaisant et désiré
mais d’un état
d’une sorte de sommet
d’un lieu pointu où l’on sait qu’il n’y a de place que pour soi et qu’on y est
au moins momentanément
pleinement à sa place
je les cherchais
donc
le silence et la solitude d’où parfois émergent une hésitation pressante de rythme
une courbe creuse de musique
une envie presque précise de phrase
qui
accueillies dans cette solitude et ce silence
s’offrent au travail
à l’effort
à la poussée
et donnent quelque chose qu’on ne sait encore nommer
un vers
une ligne
une page
qui aurait pu ne pas être
ne peut plus n’avoir pas été
et toujours peut disparaître
See you at the pearly gates

11 novembre
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LA POÉSIE DIVINE DITE CEPENDANT NOUS DEMEURA COMME UN CARRÉ DE GAZON
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cette mémoire était moribonde on la maintenait en vie sur son grabat de cérémonie on célébrait un vieil armistice (et beaucoup ne savaient plus qu’on commémorait la fermeture temporaire de l’hyperabattoir le congé du grand équarrisseur qui avait mis des millions d’hommes en morceaux arraché des bras crevé des ventres déchiré des visages comme des poissons) du mensonge on hissait les couleurs bien haut le discours défilait au pas qu’on n’était plus en guerre qu’on ne mettait plus à sac les vivants qu’il n’y avait pas l’urgence d’une autre trêve mais heureusement trois fois heureusement le désespoir chevauchait l’espérance et lui piquait de ses éperons les flancs palpitants |
Par-dessous bord

10 novembre
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NOUVELLE BRISE MARINE |
par les déchirures de la conscience surgirent des personnages qu’on avait pris jusqu’alors pour un décor et aux pieds desquels on avait même pissé comme s’il se fût agi d’arbres ou d’océans
qui parurent dans toute la fureur des longs oublis somptueux nombreux et vénéneux comme des méduses partout la peau de la pensée qui aurait pu les contenir crevait et bientôt l’on eut la bouche pleine de la certitude de celles qu’on ne saurait pas plus qu’une poignée de sable mâcher ni avaler qu’il était trop tard qu’on laissait un héritage ingouvernable comme un peuple poissonneux de ressentiments et de colères on pencha on dit s’échapper fuir mais on ne le pouvait pas davantage que d’une robe d’hameçons |
À l’horizontale quelques virgules

6 novembre
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AUTOMNE |
et de ce que dorure aux platanes
demeure fait une image nette l’une et l’autre floue ma vie ma vie dit-il et mêle à l’encre un peu de lumière pour la retenir |
