
26 août
et soudain je vis la plage comme la grande page d’une partition dont le soleil et le vent soufflaient les portées de notes colorées et mobiles, et que je traversai comme un silence vers la mer où tout s’efface et qui, je ne savais — ni ce qui adviendrait ni ce que je désirais — me porterait ou m’avalerait et là,
dans l’eau qui me soutint finalement parce que je la barattai à bras, à jambes et même à paupières, je continuai le poème commencé au lever du jour, dans la généreuse marmelade d’orange du soleil, où je chantais l’emmêlement de ma tristesse et de mon allégresse, des herbes folles de ma jeunesse et de la tour penchée de mon âge et là,
je saluai comme un frère passant et inconnu un goéland, puis un autre, qui se jouaient du peu de ciel dansant sur l’eau et pleuraient la grande famille de mes animaux perdue, défaite, décimée, je nageai soudain dans nos larmes, comme le sexe minuscule d’un dieu désolé, et là,
je fus au monde ainsi que je sais l’être parfois, bref et nu
Vomir des oiseaux ce qu’il en reste

12 août
| ma tête à la surface de la mer
un goéland passe à la vitesse d’une pensée |
après le hareng qui lui habillait la bouche de ce mélange puissant de sel, de bois de hêtre et de boyaux, de boyaux s’écria-t-elle, oui, on les fume sans les éviscérer dit-il avant de se rincer d’une gorgée de bière qui ne substituait pas son amertume au goût du poisson mais le diluait un peu, après le hareng, donc, dont il faisait sa collation de fin de matinée, il mangeait l’un après l’autre deux caramels qui tapissaient cette fois son palais de sucre et de beurre, le préparant au sobre velours du café |
Dans les brisants

3 août
et alors que je marchais dans l’appartement pour bercer la douleur qui vient me prendre au lit, la nuit, comme un succube, je vis par la fenêtre passer sur le boulevard un toxicomane désarticulé et titubant à une vitesse tragiquement victorieuse à chaque pas de la chute : il était à la ville, me dis-je, immense et le noir luisant ici et là des coulures jaunes d’un réverbère, comme une souris naine à un chat géant, l’objet d’un jeu cruel et éphémère qui finirait dans un brisement — n’était-il pas temps que je retourne tenter de dormir ?
Au premier temps de la sieste

1er août
avoir tant lu mais
être en presque toutes
choses un illettré
les bras chargés
courageusement
de sa bêtise le pas
dans la glaise du ciel
léger
Au près du sujet

31 juillet
| d’où leur venait
déposée comme une brassée de fleurs fanées cette tristesse cet abandon et d’où la folle ivraie de la division
|
en vers mettre les oiseaux noirs les étranglements sourds des tambours de catastrophe et les comptes aux canines cruelles les tenir les re tenir les accélé rire que le grand grincement soit en rythme au moins |
