13 mars

rien ne sauvera de la mort

car rien ne garde de ce qui

précédait le commencement

une autre force que celle qui serrait chacun comme le cordon d’une bourse sur l’inestimable trésor de sa vie dont elle organisait avec précision l’économie, une autre force  opérait contrairement qui poussait à la dépense, au gaspillage, à l’épuisement, et semblait vouloir faire advenir vite et comme une joie ce que la première repoussait et regardait comme une catastrophe

 

à la mouche lorsque sur elle il lève son journal il dit qu’il est désolé désolé ma vieille mais j’ai assez d’emmerdements comme ça tu comprends ça me rend irascible et là-dessus ton bourdonnement ton insupportable légèreté et puis je ne crois pas que ton espèce soit menacée par le changement climatique en d’autre temps j’aurais ouvert les fenêtres et attendu patiemment que tu sortes mais là les circonstances et la manière dont elles m’affectent et ma propre précarité ma gravité tout ça joue contre toi adieu désolé adieu et il abat Le Monde sur la fenêtre et clac il sait qu’il l’a eue c’est comme si en lui avait résonné le craquement minuscule de l’exosquelette il la cherche sur la vitre puis par terre mais elle est là sur le papier comme un gros mot d’une langue étrangère un mot proéminent silencieux et absurde comme la mort

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