11 novembre

 

 

LA POÉSIE DIVINE DITE

CEPENDANT NOUS DEMEURA

COMME UN CARRÉ DE GAZON

 

cette mémoire était moribonde on la maintenait en vie sur son grabat de cérémonie on célébrait un vieil armistice (et beaucoup ne savaient plus qu’on commémorait la fermeture temporaire de l’hyperabattoir le congé du grand équarrisseur qui avait mis des millions d’hommes en morceaux arraché des bras crevé des ventres déchiré des visages comme des poissons) du mensonge on hissait les couleurs bien haut le discours défilait au pas qu’on n’était plus en guerre qu’on ne mettait plus à sac les vivants qu’il n’y avait pas l’urgence d’une autre trêve mais heureusement trois fois heureusement le désespoir chevauchait l’espérance et lui piquait de ses éperons les flancs palpitants

10 novembre

 

 

NOUVELLE

BRISE

MARINE

par les déchirures de la conscience surgirent des personnages qu’on avait pris jusqu’alors pour un décor et aux pieds desquels on avait même pissé comme s’il se fût agi d’arbres ou d’océans

qui parurent dans toute la fureur des longs oublis somptueux nombreux et vénéneux comme des méduses

partout la peau de la pensée qui aurait pu les contenir crevait et bientôt l’on eut la bouche pleine de la certitude

de celles qu’on ne saurait pas plus qu’une poignée de sable mâcher ni avaler qu’il était trop tard

qu’on laissait un héritage ingouvernable comme un peuple poissonneux de ressentiments et de colères

on pencha on dit s’échapper fuir mais on ne le pouvait pas davantage que d’une robe  d’hameçons

Souvenir du 28 octobre

dominent la plage où marchent des familles entre la joie et la corvée de vivre de grandes maisons haletantes de souvenirs incertains et de lectures de poètes que la mort a délivrés de l’affolement que leur échappent les mots

emportés par le vent les pleurs des goélands comme des tessons de prières

et plus loin

si rassurante dans son recommencement

à ne rien dire

la mer

16 octobre

et se pressaient alors à la gloire d’un instant les traceurs de routes désertes les bâtisseurs de maisons vides les planteurs d’arbres sans ombre comme des fourmis au cadavre d’un lézard vert

se pressaient au baiser de la vie à la mort avidement presque avec joie j’en étais petit poète cumulatif au souffle bref je prenais mon tour que je comme les autres pensais mon dû mon tant attendu

et les nombreux les innombrables les dans le nombre engloutis les n’ayant jamais su compter sur les doigts de leurs mains ni sur le reste d’eux-mêmes avec moi se pressaient se poussaient

se montaient disons-le dessus les poissonneux la bouche obscure ouverte à la lumière à la justice à l’amour à la minute de gloire mais pas mais surtout pas à l’hameçon déchirant de la vérité