23 février

les sardines les tulipes prises

au grand marché de la mer vide et

de la terre épuisée donnent

au regard des restes de joie des

tourments à l’esprit l’enfant

qui danse qu’il demeure

vif  en l’alarmé

 

            qu’à la lueur de la lame du couteau

            plongée dans la chair claire des fenouils des

            carottes des aulx recule la nuit

            la mélancolie la chair exulte aussi

            sur la voie de sa poussière

3 février

les averses de la nuit ont laissé comme des traces d’un long baiser des flaques dans les allées du Luxembourg où courent

sous le ciel gris de ce lundi de février rayé de branches effeuillées

ou plutôt se secouent

le visage rougi les

oreilles au bout des fils d’un téléphone les temps

qui courent

et

par-delà les grilles sur les

trottoirs

les poubelles débordées d’ordures font la queue

et crient

quelque chose comme

manger rien

tout vomir

on n’entend pas très bien l’époque on sait

qu’elle crie

on devine une gésine mais

comme on est dans le ventre aussi

ohé on ne voit pas les extrémités

1er février

ce jour-là février débuta de très bonne heure et sous la pluie

c’était des douze apôtres de l’année celui

dont je préférais le nom j’aimais

l’élan fiévreux qu’il imprimait

au rallongement du jour

et que par des presciences de printemps il bousculât parfois le cours

de l’hiver

aussi dès son commencement me porta-t-il aux vers

que voilà

31 janvier

j’étais assis au pied de l’immeuble sur le banc, j’avais perdu mes clés, j’attendais, elle s’arrêta devant les poubelles qui débordaient sur le trottoir et cria ah ! ils sont pas passés ! mais les vraies ordures sont pas là-dedans, c’est les saloperies de ce quartier qui prostituent les gosses ! les passants s’écartaient, elle demeurait là, un cabas pendu au bras gauche, lançant le droit en avant, en l’air, envoyant promener je ne sais quoi, tout, criant les salauds, les dégueulasses, vous vous rendez compte, des gosses, ils ont plus qu’à crever après ça, c’est peut-être crever qui m’a fait revenir que le soir, la veille, j’avais désiré un tombeau, pas un lieu où je fusse mort, je n’étais pas plus pressé que ça de mourir, mais c’était tout de même tombeau le mot qui m’était venu pour un lieu où plus personne ne viendrait me proposer quelque commerce que ce soit, m’interpeller, m’inviter, me séduire, m’insulter, me questionner, me toucher, me regarder même, pas plus qu’on n’interpelle, n’invite, ne séduit, n’insulte ne questionne ne touche ou ne regarde les morts qu’une épaisse couche de terre, ou de pierre ou de ce qu’on voudra protège de toute façon des velléités que pourraient avoir les vivants de les interpeller, inviter, séduire, insulter, questionner, toucher, regarder, pas un tombeau véritable mais un lieu où, loin de mes pareils que par une concession lâche à leur susceptibilité j’appelle ainsi alors qu’ils sont plutôt, je le sais, mes dissemblables, et elle, peut-être, la folle qui parlait tout haut de son enfance, ma sœur, un lieu où je pourrais vivre du peu qui m’est essentiel, dans un corps à corps avec la phrase, la phrase que je cherche obstinément depuis si longtemps que s’y égarent mes efforts de datation, la phrase dont l’origine, l’ombilic n’a pas de majuscule et qui, à elle, l’imprécatrice, ne semblait pas si difficile, elle qui a poursuivi son chemin, ou fait demi-tour, je ne sais pas, je ne l’avais pas vue arriver